Nouvelles10:09, 23.03.2006 FEDUTA, Aleksandr, Luka?enko : politi?eska? biografi?« « « Le 1er septembre 2004, les enfants de Russie et de Bi?lorussie faisaient leur rentr?e des classes. Il en ?tait toujours ainsi. Les parents amenaient, en les tenant par la main, les plus petits : solennels, fringants, joyeux. Personne ne pouvait savoir que toute une ?cole – 1400 personnes ! enseignants, ?l?ves et parents compris – dans une petite ville d’Oss?tie d?nomm?e Beslan, allait ?tre prise en otage par des terroristes tch?tch?nes. Et que le monde entier allait en parler, oubliant tout le reste. A ce moment, je travaillais dans la salle des manuscrits de la Biblioteka Jagiellonska, ? Cracovie. Dans ma chambre d’h?tel, j’avais acc?s ? des ?missions de la cha?ne CNN et pouvais suivre, en direct, ce qui ?tait en train de se passer, d?s que les cam?ras de t?l?vision sont apparues ? Beslan. Je pleurais devant l’?cran de t?l? en imaginant ce que pouvaient ressentir ces enfants et ces adultes… J’avais ?t?, pendant cinq ans, instituteur ? Grodno, dans une ?cole identique, et je savais ce que c’?tait, le premier septembre. Lorsque l’?cole de Beslan a ?t? lib?r?e des terroristes, et leurs otages ?vacu?s, une journ?e de deuil a ?t? proclam?e en Russie. Et pas seulement en Russie. En Pologne et en France, en Grande Bretagne et en Allemagne, les cours dans les ?coles ont commenc? par une minute de silence. Les enseignants racontaient aux enfants du monde entier le drame qui ?tait arriv? ? des enfants du m?me ?ge. Le malheur ?tait commun. A Minsk, on rassemblait ?galement du monde, essentiellement des jeunes ; les gens ?taient conduits en autobus vers la principale place du pays – place d’Octobre, ? trois minutes de marche de la r?sidence pr?sidentielle. Beaucoup pensaient se rendre ? une c?r?monie o? le pr?sident allait pr?senter ses condol?ances. Il ?tait pr?vu qu’un appel du chef d’Etat aux citoyens de Bi?lorussie serait retransmis sur un grand ?cran publicitaire au-dessus de la place. Peu de gens s’?taient rassembl?s sur la place, ? part le public achemin? par autobus depuis les localit?s voisines : les Minskois, de mani?re g?n?rale, r?agissent plut?t ? contrec?ur aux actions publiques initi?es par les autorit?s, sauf, bien s?r, s’il s’agit d’une kermesse ou d’une foire. Le visage bris? par la fatigue, p?le (ce que le maquillage ne pouvait dissimuler) d’Alexandre Loukachenko est apparu ? l’?cran. Il s’est mis ? parler : «Chers compatriotes!» Le silence est tomb? sur la foule… «Conform?ment ? la Constitution en vigueur de notre Etat [sic], j’ai sign? un oukase sur la conduite d’un r?f?rendum populaire. Ce dernier aura lieu le 17 octobre de l’ann?e en cours. Pourquoi cette date ? Comme vous le savez, le 17 octobre des ?lections parlementaires auront lieu en Bi?lorussie. C’est une campagne de taille, exigeant beaucoup de responsabilit? et ayant une grande signification politique. Les ?lections mobilisent, certes, la soci?t?, et lui donnent plus de coh?sion, mais d’un autre c?t? elles d?tournent des probl?mes plus pressants. Pour ?viter cette sorte de distraction, pour ne pas d?tourner votre attention de l’ex?cution des t?ches qui vous sont assign?es, ? vous et ? vos familles, il a ?t? d?cid? de combiner les ?lections et le r?f?rendum. De plus, nous allons pouvoir ?viter des co?ts suppl?mentaires en r?unissant ces deux actions politiques. Il y a une seule question port?e au r?f?rendum et elle est pos?e de la mani?re suivante : “Permettez-vous au premier pr?sident de la R?publique du Belarus, Alexandre Grigorievitch Loukachenko, de participer en tant que candidat ? la fonction de Pr?sident aux ?lections du Pr?sident [sic], et acceptez-vous le premier paragraphe de l’article 81 de la Constitution de la R?publique du Belarus sous la r?daction suivante : Le Pr?sident est ?lu pour cinq ans directement par le peuple de la R?publique du Belarus sur la base d’un suffrage universel, libre, ?gal et direct, ? bulletin secret.”» Silence de mort sur la place. Ce qui venait d’?tre dit ne ressemblait pas du tout ? des condol?ances adress?es au peuple russe suite ? la trag?die de Beslan. Comme si tout un chacun s’?tait rendu complice d’une sc?ne ind?cente : un homme avait attendu le moment opportun pour accomplir un acte qui aurait d?, en pareille circonstance, le faire rougir et exiger de lui bien des justifications. Car, comme le dira plus tard le politologue Sergue? Karaganov, «Loukachenko a de fait utilis? l’impuissance de la Russie suite ? Beslan, et l’impuissance de la bureaucratie russe de mani?re g?n?rale, pour passer suffisamment inaper?u avec son r?f?rendum». Mais, apr?s tout, ce n’est pas pour ?a qu’on avait r?uni tout ce monde sur la place centrale de Minsk ! On avait, semble-t-il, l’intention d’exprimer ses condol?ances aux Russes. Ah, enfin, ? ce sujet : «Dieu nous garde, au cours de ces dix ann?es, aucun Bi?lorusse n’a ?t? victime d’un acte terroriste ou d’un conflit arm?. Nous avons pr?serv? notre pays de toute participation ? des aventures internationales susceptible de mettre en danger, ne serait-ce que dans une infime mesure, votre vie et votre s?curit?. C’est l? notre grand acquis. Et au moment du r?f?rendum, vous allez ?galement voter pour la s?curit? du pays, pour la vie et la sant? de vos enfants et petits-enfants». Et oui, c’est de cette mani?re-l? que vous allez voter, et pas du tout pour un quelconque troisi?me mandat. ?a n’a rien ? voir, mais en fait, en votant «contre» le troisi?me mandat, vous prendriez la d?fense du… terrorisme. …Les gens sur la place restaient muets, troubl?s par ce qu’ils venaient d’entendre. Seule une voix stridente d’adolescent retentit au milieu de ce silence : – «Gan’ba!» [Ndt. : «Honte!», en bi?lorusse] Le cri s’envola de l’asphalte encore chaud, apr?s une journ?e ensoleill?e, et se dissipa dans la brume de septembre. C’?tait un cri de douleur et de d?sespoir. Le cri d’un individu qui prend abruptement conscience de son impuissance. […] On ne peut rien y changer. La machine ? falsifier la «volont? du peuple» est d?j? en place et fonctionne inflexiblement. La Russie, comme toujours, a d’autres pr?occupations. L’Occident n’y comprend rien, et c’est pourquoi il reproduit erreur sur erreur… Les personnalit?s politiques ont laiss? tomber les jeunes… Il est impossible de prouver ou d’expliquer quoi que ce soit ? personne…. Loukachenko sur un ?norme ?cran – il est le vainqueur. Que vient faire dans l’histoire cet ado d?sesp?r? ? Que veut dire son cri ? C’est la voix solitaire d’une minorit? ? laquelle on a ?t? l’espoir de pouvoir vivre dignement, si ce n’est aujourd’hui, du moins, demain… Et parce que parmi les quelques milliers de personnes pr?sentes sur la place, parmi les deux millions d’habitants de la capitale bi?lorusse conscients de ce qui ?tait en train d’arriver, une seule – un tout jeune gar?on – a appr?hend? ceci comme une trag?die et a protest? par un cri de d?sespoir, j’ai ?prouv? peur et angoisse. Tandis que les «gens en civil» avaient d?j? bondi vers le gamin et le tra?naient ? l’int?rieur d’un «voronok*»… » » » [*Ndt.: «voronok» - terme apparu dans les ann?es 1920 pour d?signer les fourgons utilis?s par la police politique (toujours d?nomm?e K.G.B. en Bi?lorussie), pour transporter en ville les personnes arr?t?es. Ces fourgons, ? l’int?rieur (cage ? poules) aussi bien qu’? l’ext?rieur, n’ont pas beaucoup chang? entre-temps. Cf. ROSSI, Jacques, Le manuel du goulag: dictionnaire historique, Paris : Le Cherche midi ?diteur, 1997.] *** Pour des extraits ou des chapitres entiers en langue originale de cet ouvrage d’Alexandre Fedouta, un des plus grands journalistes bi?lorusses ind?pendants, anciennement chef du service de presse de Loukachenka, voir : http://www.dialogi.lv/article.php?id=1374 . |